LES HABITUDES DE VIE DES CANADIENS SE SONT AMéLIORéES PENDANT LA PANDéMIE

MONTRÉAL — Six Canadiens sur dix rapportent que leurs habitudes de vie sont demeurées stables ou se sont améliorées pendant la pandémie, indique une nouvelle étude, notamment en ce qui concerne leur alimentation et leur niveau d'activité physique.

En revanche, cela veut dire que quatre Canadiens sur dix ont vu leurs habitudes de vie se détériorer pendant la crise sanitaire. Parmi les facteurs de risque qui ont été identifiés, une insatisfaction envers l'image corporelle multipliait presque par neuf le risque d'avoir adopté de moins bonnes habitudes de vie pendant la crise; la dépression et une hausse du niveau de stress ont aussi été mises en cause.

«Notre étude nous a amené de l'information pour cibler les gens qui sont à risque de détériorer leurs habitudes de vie, a dit l'auteure principale de l'étude, la chercheuse Anne-Julie Tessier, qui a complété ces travaux dans le cadre de ses études doctorales à l'Université McGill et qui poursuit maintenant des études post-doctorales à l'École de santé publique T.H. Chan de l'Université Harvard.

«Par la suite, ça va être important de prévenir si jamais il y a une autre situation similaire qui se présente.»

Les chercheurs ont étudié 1609 participants entre les mois de mai et de décembre 2020. Les sujets appartenaient à tous les groupes d'âge et provenaient de toutes les régions du Canada.

Soixante pour cent des participants ont rapporté une augmentation de leur niveau d'activité physique, des habitudes alimentaires stables ou améliorées, et un poids, une qualité de sommeil et un tabagisme inchangés. Les chercheurs soulignent toutefois que les membres de ce groupe étaient plus actifs physiquement dès le début de l'étude, ce qui pourrait expliquer ce qui a été observé par la suite.

L'autre groupe, celui dont les habitudes de vie se sont détériorées, témoigne d'une alimentation et d'un sommeil de moins bonne qualité, d'un niveau réduit d'activité physique et d'une prise de poids.

Il est difficile de comprendre pourquoi certains ont vu leur niveau d'activité physique augmenter ou leur alimentation s'améliorer pendant la pandémie, pendant que d'autres ont cheminé en direction carrément inverse.

«Ce qui a été frappant, c'est vraiment que chaque individu, selon un paquet de facteurs propres à eux, c'est ce qui va déterminer le cheminement ou le changement des habitudes de vie en situation de crise, comme une pandémie, a dit Mme Tessier. Donc, on ne peut pas savoir exactement comment une personne va réagir.»

Le télétravail semble ainsi avoir encouragé certains Canadiens à préparer davantage leurs propres plats et à éviter les repas au restaurant. Mais au même moment, l'accès restreint aux épiceries et aux aliments frais semble avoir poussé d'autres Canadiens à s'alimenter moins bien.

Au total, ce sont 23 % des participants qui ont affirmé que leurs habitudes alimentaires se sont améliorées pendant la pandémie, pendant que 44 % admettaient qu'elles se sont détériorées.

La satisfaction envers l'image corporelle est le facteur qui a eu le plus grand impact sur la modification des habitudes de vie pendant la pandémie.

Environ 44 % des sujets ont dit ne pas être satisfaits de leur image corporelle pendant la pandémie, un phénomène particulièrement marqué chez les femmes et les minorités de genre. D'autres études ont indiqué que les gens insatisfaits de leur image corporelle pourraient présenter une moins bonne santé mentale et adopter de moins bonnes habitudes de vie, comme un niveau plus faible d'activité physique.

Il est aussi possible, soulignent les auteurs de l'étude, que les sujets qui étaient d'emblée insatisfaits de leur image corporelle aient adopté un mode de vie plus malsain pendant la pandémie.

«Je pense que ce qui était manquant pour cette pandémie, c'était d'avoir un plan qui cible les personnes à risque avec des ressources et un soutien, a conclu Mme Tessier. Il faut cibler ces adultes (avec) des ressources d'intervention multidisciplinaires (...) pour regagner ou maintenir une bonne santé mentale et physique.»

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal médical JMIR Public Health and Surveillance.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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